FLUOCALC Simulation de Coloration - V3

Documentation — calcul de dose de fluorescéine et courbe théorique de restitution

Cet outil calcule une dose théorique de fluorescéine à injecter dans un système karstique, et génère une courbe de restitution théorique à la résurgence. Il s’agit d’un modèle simplifié, paramétrable, destiné à la préparation de traçages et à la simulation pédagogique.
(c) ARIS (Association de Recherche et d'Inventaire Spéléologique).
Développeur : Pascal MOUNEYRAT

À qui s'adresse ce document ?
Cette documentation est rédigée prioritairement pour les spéléologues qui préparent une coloration sur le terrain (choisir une dose, savoir quand surveiller la résurgence, interpréter les résultats). Les sections marquées « Pour aller plus loin » donnent le détail technique destiné aux hydrogéologues ou aux utilisateurs avancés. Vous pouvez les sauter en première lecture.
⚠ Statut de l'outil : FLUOCALC produit une courbe simulée indicative, non calibrée sur une BTC (Breakthrough Curve) observée. C'est un outil de pré-dimensionnement (dose, instant du pic, fenêtre de surveillance), pas un modèle hydrodynamique calibré. Pour un rapport hydrogéologique, les résultats doivent être recalés sur des traçages réels et complétés par une expertise terrain.

0. Guide rapide pour spéléologues

Vous voulez préparer une coloration. Voici les 5 questions que l'outil vous aide à répondre, dans l'ordre où vous les rencontrez sur le terrain :

0.1. Combien de fluo dois-je acheter / emporter ?

Renseignez la distance perte ↔ résurgence, les débits, les altitudes, et le type de roche. Cliquez sur Calculer. L'outil affiche :

Astuce : commandez plutôt légèrement plus que la dose recommandée (10–20 % de marge). Une coloration sous-dosée est ratée ; une coloration légèrement surdosée reste exploitable. Et achetez de la fluorescéine sodique en poudre (Uranine), pas une solution déjà diluée (moins chère et plus stable au stockage).

0.2. Combien de temps faut-il préparer la solution mère ?

Pour injecter rapidement et proprement, la fluorescéine en poudre est dissoute à l'avance dans un bidon d'eau (la « solution mère »). Compte-tenu de la solubilité de l'Uranine :

0.3. Quand est-ce que ça va arriver à la résurgence ?

Après calcul, l'outil affiche dans la section « Quand surveiller la résurgence » :

Important : ces temps sont une estimation basée sur la durée de transit que vous avez saisie. Si vous avez utilisé le bouton « Estimer » pour la durée (formule empirique), prévoyez une marge large sur ces horaires (l’interface rappelle typiquement une plage ~0,5× à 1,5× la valeur estimée). Mieux vaut être en place trop tôt qu'arriver après le pic.

0.4. Est-ce qu'on va voir / détecter la coloration ?

La section « Coloration attendue à la résurgence » donne la concentration théorique au moment du pic, en µg/L (microgrammes par litre) :

L'outil affiche aussi un verdict automatique selon le mode de détection choisi : « pic dans la plage recommandée », « signal possiblement faible », « surdimensionné », etc.

0.5. Quelle forme de courbe le simulateur utilise-t-il ?

Dans la version actuelle du code, la courbe de restitution est toujours une loi log-normale sur le temps : montée relativement rapide puis longue traîne, ce qui correspond bien aux réseaux karstiques avec stockage latéral ou chemins multiples. Il n’y a pas de choix entre plusieurs familles de courbes dans l’interface : le modèle est fixé ainsi pour simplifier l’usage terrain.

En complément, l'outil affiche un « type d'écoulement attendu » :

En résumé :
  1. Saisissez vos données de terrain (altitudes, débits, distance, durée estimée).
  2. Lisez la dose à injecter et préparez votre solution mère en conséquence.
  3. Notez le moment du pic attendu et planifiez les relèves / prélèvements.
  4. Le jour J, vérifiez sur place que la concentration attendue est compatible avec votre mode de détection (fluorimètre, charbons, simple observation).
  5. Après le traçage, comparez la courbe réelle à la simulation et ajustez les paramètres pour vos prochaines colorations.

1. Vue d’ensemble du calcul (pour aller plus loin)

L’application réalise quatre blocs de calcul :
  1. Calcul de la dose théorique de fluorescéine (en kg) à partir : altitude, débits, durée de transit, concentration cible, type de roche, facteur de pertes Rloss, correction avancée optionnelle. L’outil fournit la dose brute (sans pertes) et la dose recommandée corrigée (avec Rloss), ainsi qu’une estimation comparative selon la règle empirique de Worthington-Smart.
  2. Comparaison avec la dose réellement injectée (en kg), saisie par l’utilisateur, et calcul du ratio injectée / recommandée.
  3. Calcul des paramètres de propagation : vitesse moyenne (distance / durée saisie), pente, facteur roche, étalement temporel (σ) puis construction d’une courbe de restitution théorique en fonction du temps au moyen d’une loi log-normale sur le temps (forme fixe dans le code actuel).
  4. Extraction d’indicateurs hydrogéologiques à partir de la courbe simulée : temps d’arrivée / de pic / de fin, dispersivité longitudinale αL, nombre de Péclet, masse cumulée à 24/48/72 h, coefficient de récupération théorique.
Important : le modèle est volontairement simplifié et empirique. Il ne remplace pas un calage rigoureux sur des données de traçage réelles. Les coefficients sont à ajuster selon le contexte local.

2. Paramètres saisis par l’utilisateur

2.1. Données géométriques et hydrauliques

À partir de ces données :
Durée de transit : si la valeur de duree est obtenue via le bouton « Estimer », il s'agit d'une approximation pédagogique d'ordre de grandeur basée sur la distance, le dénivelé, les débits et le type de roche. Dès que des traçages réels sont disponibles, ils doivent systématiquement remplacer cette estimation.

2.2. Paramètres de coloration

Dans la version actuelle, l’outil propose 8 classes synthétiques de roche, calibrées spécifiquement pour les besoins du traçage karstique en spéléologie. Cette liste resserrée a été préférée à des découpages plus fins (qui multipliaient des libellés au comportement hydraulique très proche) et à des découpages trop pauvres (qui ne couvraient qu’une partie du spectre). Chaque classe est associée en interne à un facteur_roche (correction de la dose et de la dispersion) et à un vBase (vitesse de base utilisée par le bouton « Estimer »), cohérents entre eux.

L’indice de vitesse vBase est exprimé en mètres par heure (m/h), unité usuelle en spéléo et en hydrogéologie karstique (≈ 3 à 250 m/h). Il sert uniquement au calcul automatique d’une durée de transit typique par le bouton « Estimer ». Plus vBase est élevé, plus le milieu est considéré comme rapide. Ces vitesses sont volontairement prudentes : un traçage réel sur moins de 1 km peut très bien mettre 2 à 3 jours si le réseau stocke, diffuse ou traverse une dolomie / fissuration peu connectée. Le tableau ci-dessous donne les valeurs internes de facteur_roche et de vBase associées à chaque classe :

Libellé                                                  facteur_roche   vBase (m/h)
─────────────────────────────────────────────────────────────────────────────────
Calcaire conduit-dominant (karst très mature)                 0.8         250
Zone de faille (drainante)                                    0.9         140
Calcaire pur (karst actif)                                    1.0          75
Calcaire dolomitique / dolomie karstifiée                     1.1          35
Calcaire fracturé (libellé UI : … ou massif peu karstifié)           1.2          20
Épikarst / calcaire crayeux                                   1.4          11
Marno-calcaire (stratifié à niveaux marneux)                  1.6           6
Milieu marneux complexe / zone de faille barrante             2.0           3

La progression suit une décroissance géométrique régulière (chaque cran représente environ × 0,5 du précédent), ce qui évite les ruptures brutales et reflète la diminution progressive de la conductivité karstique entre les classes.

Notes sur les regroupements :

Ce tableau ne joue que sur la proposition automatique de duree. Dès qu’un temps de transit est connu par traçage réel, c’est cette valeur qui doit être saisie et utilisée.


3. Calcul de la dose de fluorescéine

3.1. Débits utilisés

Dans le code :

3.2. Dose de base sur le débit de PERTE

Lorsque le débit à la perte est connu (Qp > 0) :
dose_mg_base = concentration × Qp × (duree × 3600) × facteur_roche
où : On obtient une masse théorique en mg de colorant.

3.3. Correction avancée (rapport des débits)

Si l’option Correction avancée est cochée et que le débit à la résurgence est saisi (Qr > 0) :
correction = Qr / Qp
dose_mg    = dose_mg_base × correction
On revient ainsi à une masse théorique cohérente avec le débit réel à la résurgence :
dose_mg ≈ concentration × Qr × (duree × 3600) × facteur_roche
Si Qp est nul mais Qr est renseigné, l’outil utilise directement Qr sans correction (mode de repli) :
dose_mg = concentration × Qr × (duree × 3600) × facteur_roche

3.4. Passage en kilogrammes : dose théorique BRUTE

La dose théorique brute (avant correction des pertes physico-chimiques) est :
doseKg_brute = dose_mg / 1 000 000
- division par 1 000 000 : conversion mg → kg. Cette valeur représente la masse "idéale" qui produirait la concentration cible si le traceur arrivait à la résurgence sans aucune perte. En pratique, des pertes existent toujours (voir section 3.5).

3.5. Facteur de pertes physico-chimiques Rloss

La fluorescéine subit en transit plusieurs mécanismes de perte qui réduisent la masse "utile" arrivant effectivement à la résurgence : Pour compenser globalement ces pertes, on multiplie la dose brute par un coefficient Rloss > 1 saisi par l'utilisateur :
doseKg = doseKg_brute × R_loss
Ordres de grandeur recommandés :
R_loss = 1.0   milieu noyé, sombre, sans matière organique notable
R_loss = 1.5   karst classique (valeur par défaut)
R_loss = 2.0   traversée en partie à l'air libre, exposition UV modérée
R_loss = 2.5   milieu marneux ou riche en matière organique
R_loss = 3.0   transit très long, forte adsorption, ou exposition UV importante

Dans l’interface, la valeur est bornée entre 1,0 et 5,0 (valeurs hors plage ramenées aux bornes).

Interprétation pratique : avec R_loss = 2, on injecte deux fois la dose brute, en anticipant que la moitié sera perdue avant d'atteindre la résurgence. Le pic effectivement observé sera alors proche de la concentration cible. Si on injecte uniquement la dose brute, le pic observé sera diminué d'un facteur R_loss.

3.6. Dose injectée utilisée pour la simulation

L’utilisateur saisit la dose réellement injectée en kg :
doseInjecteeKg (champ « Dose que tu prévois d'injecter (kg) », name=dose_injectee_kg)
Dans le code : La simulation de courbe est donc toujours basée sur une dose injectée explicite :
doseInjecteeKg = (dose saisie) ou, par défaut, (dose recommandée corrigée doseKg)
Dans les résultats, l’outil affiche :

3.7. Comparaison Worthington-Smart (règle empirique karst)

En complément de la formule basée sur (concentration cible × débit × durée), l’outil affiche en parallèle une estimation issue de la règle empirique de Worthington & Smart (2003), largement utilisée pour le pré-dimensionnement des traçages karstiques :
M (g) ≈ 19 × Q (m³/s) × L (km) × R_loss
Q est le débit à la résurgence et L la distance perte–résurgence. Note d'implémentation : le champ debit_resurgence est saisi en L/s dans l'interface ; la conversion en m³/s (÷ 1000) est effectuée uniquement dans cette formule. Cette formule s’appuie sur un retour d’expérience portant sur plusieurs centaines de traçages en karst de zone tempérée. Elle ne dépend pas de la durée de transit ni d’une concentration cible imposée.
Usage : on compare les deux estimations comme un contrôle de cohérence. Si la dose recommandée par FLUOCALC s’écarte fortement (facteur 3–10) de la valeur Worthington-Smart, il faut vérifier les hypothèses (concentration cible réaliste ? durée pertinente ? régime hydrologique cohérent ?). Les deux approches restent indicatives et doivent être confrontées au retour de terrain et à l’expertise hydrogéologique.

4. Paramètres de propagation et étalement temporel

Le temps saisi duree sert de mode (instant du pic le plus probable) pour la loi log-normale sur le temps de transit : on pose t0 = max(duree, 0.1) h. La moyenne temporelle du nuage (espérance de T) est en général plus tardive que ce mode ; l’interface peut l’afficher à titre indicatif.

t0 = max(duree, 0.1)   // en heures — mode (pic) de la BTC log-normale
La valeur duree provient soit :
Attention : le temps de transit calculé par le bouton « Estimer » n’est pas une prédiction physique, mais une approximation pédagogique d’ordre de grandeur. Il doit être utilisé pour cadrer un scénario ou tester des doses, jamais comme substitut à des traçages calibrés ou à une expertise hydrogéologique.
Pour représenter la dispersion / traîne, un écart-type temporel σ (heures) est construit comme :
distance_km = max(distance, 0.1)

baseSigma     = 0.20 × t0
effetDistance = 1 + 0.1 × sqrt(distance_km)
effetDose     = 1 + 0.05 × log(1 + doseInjecteeKg × 1000)    // dose injectée en g
effetRoche    = facteur_roche

sigmaBrut = baseSigma × effetDistance × effetDose × effetRoche

// bornes de sécurité :
sigmaMax = 0.60 × t0
sigma    = min(sigmaBrut, sigmaMax)
sigma    = max(0.1, sigma)
Interprétation :
Remarque : les coefficients numériques (0,20 ; 0,1 ; 0,05 ; borne à 0,6 × t0) sont empiriques. Ils sont là pour donner un comportement réaliste et doivent être ajustés à partir de courbes réelles si nécessaire.

4.1. Passage à l’écart-type utilisé pour la log-normale (sigmaShape)

Le σ ci-dessus est un écart-type cible sur le temps T (en heures), avant imposition de la forme log-normale. Pour obtenir une traîne un peu plus marquée à l’écran, le code applique :

sigmaShape = min(t0, 1.7 × sigma)
sigmaShape = max(0.05, sigmaShape)

C’est cet écart-type sigmaShape qui est passé au convertisseur mode / écart-type → (μ_log, σ_log) pour la densité log-normale (voir section 6). Les indicateurs hydrogéologiques (αL, Pe) utilisent également sigmaShape et le temps de pic réellement lu sur la courbe discrétisée.


5. Mise à l’échelle de la courbe et profil normalisé

L’outil distingue deux niveaux :

5.1. Forme de base (profil sans dimension)

Pour un temps donné t > 0, on calcule d’abord une valeur de forme S(t) comme densité log-normale avec C0 = 1 et les paramètres μ_log, σ_log obtenus à partir du mode t0 et de l’écart-type sigmaShape (section 6) : On note :
maxShape = max_t S(t)

5.2. Pic cible et mise à l’échelle en mg/L

On définit une concentration de pic théorique en mg/L, Cpic_injectee_mgL, à partir de la concentration cible et du rapport des doses :
Cpic_injectee_mgL = concentration × (doseInjecteeKg / doseKg)
Si ce calcul n’est pas possible (par exemple doseKg = 0), l’outil prend comme valeur de repli : On pose alors :
targetPeakMgL = (si possible) Cpic_injectee_mgL
                 sinon        concentration
                 sinon        0,001

scale = targetPeakMgL / maxShape
La concentration théorique en mg/L est alors :
C(t) = scale × S(t)
Dans le graphique principal, c’est cette courbe verte lissée qui est tracée, avec l’axe vertical gauche en mg/L.

5.3. Profil normalisé (0–1)

Pour comparer les formes quelles que soient les échelles de concentration, l’outil calcule également un profil normalisé :
Cmax = max_t C(t)
C_rel(t) = C(t) / Cmax
Ce profil est tracé en orange, en mode “paliers” sur un axe vertical droit allant de 0 à 1. Il permet de visualiser la forme relative de la courbe (montée, pic, traîne) indépendamment de l’amplitude en mg/L.
Important : dans cette version de l’outil, la masse totale sous la courbe n’est plus contrainte de façon stricte par la dose injectée. L’accent est mis sur un pic cohérent avec la concentration cible et le rapport de doses, plutôt que sur l’intégrale exacte de la courbe.

6. Construction de la courbe de restitution

⚠ Statut du tracé : La courbe affichée est une courbe simulée indicative, non calibrée sur une BTC (Breakthrough Curve) observée. Elle utilise une loi log-normale sur le temps (forme fixe dans le code), ajustée pour atteindre la concentration de pic estimée à partir de la dose injectée. Elle ne résulte pas d'un modèle hydrodynamique calibré (pas de résolution de l'ADE 1D avec DL mesuré, pas de retour de terrain). Elle est utile pour dimensionner un traçage (dose, fenêtre de surveillance, fréquence des relèves) mais doit être recalée avec une BTC réelle dès que des mesures sont disponibles.

Les valeurs sont calculées sur un intervalle temporel qui prolonge le pic et la queue log-normale (et la moyenne du temps T si elle dépasse le mode) :

tMoy = exp(μ_log + 0.5 × σ_log²)   // espérance E[T] (h)

tMax = max(t0 + 5 × sigmaShape, tMoy + 4 × sigmaShape)
L’intervalle [0, tMax] est échantillonné en 200 points à pas constant, avec un pas minimal de sécurité :
dt = max(0.05, tMax / 200)   // pas en heures
Concrètement :

Pour chaque point t, on évalue la densité log-normale S(t) avec C0 = 1 (voir section 6.1). On applique ensuite la mise à l’échelle décrite en section 5 pour obtenir C(t) en mg/L et C_rel(t).

6.1. Courbe log-normale (implémentation actuelle)

On impose que le mode de la variable aléatoire T (temps d’arrivée du pic) soit Mo = max(0,1, t0) et que l’écart-type de T soit s = sigmaShape (en heures). Les paramètres log(T) ~ N(μ_log, σ_log²) sont obtenus en résolvant la relation entre variance et mode pour une log-normale : avec u = exp(σ_log²) > 1, on a Var(T) = Mo² × u³ × (u − 1) ; on cherche u tel que Mo² × u³ × (u − 1) = s² (recherche par dichotomie dans le code), puis σ_log = sqrt(ln(u)) et μ_log = ln(Mo) + σ_log².

Densité (forme, C0 = 1) pour t > 0 :

S(t) = C0 × 1 / (t × σ_log × sqrt(2π))
       × exp( − (ln(t) − μ_log)² / (2 × σ_log²) )

6.2. Que disent les indicateurs affichés dans les résultats

À partir de la courbe simulée, l'outil calcule plusieurs indicateurs pour aider à préparer le traçage sur le terrain. Voici comment les lire.

6.2.1. Quand surveiller la résurgence (temps caractéristiques)

Quatre instants-clés sont affichés, comptés en heures après l'injection :

6.2.2. Type d'écoulement attendu dans le karst

La forme de la courbe simulée renseigne sur la nature de l'écoulement entre la perte et la résurgence. L'outil traduit cette information en un verdict simple :

Détails techniques (pour aller plus loin)

Le verdict est basé sur le nombre de Péclet, indicateur classique en hydrogéologie qui compare l'effet de l'advection (transport par l'écoulement principal) et de la dispersion (étalement par mélange) :

σ_t = sigmaShape                    // écart-type sur le temps (h)
σ_ts = σ_t × 3600                   // même écart-type en secondes
t_pic_s = max(t_pic × 3600, 1)      // temps de pic lu sur la courbe (s)
v = vitesse_ms                      // m/s (distance / duree saisie)

// Analogie ADE 1D : étalement spatial σ_x ≈ σ_ts × v
// D_L ≈ σ_x² / (2 t_pic)  ;  α_L = D_L / v = σ_ts² × v / (2 t_pic_s)

alpha_L = σ_ts² × v / (2 × t_pic_s)   // dispersivité longitudinale (m)
Pe = L / alpha_L                      // L = distance × 1000 (m)

À noter : le code utilise sigmaShape (écart-type temporel en heures, après le facteur 1,7) et t_pic = temps de pic réel lu sur la courbe échantillonnée (et non seulement la durée saisie, qui sert de mode théorique).

Pour le karst, les valeurs typiques sont αL ≈ 5–50 m sur des trajets de 1–10 km, donc Pe ≈ 20–2000 (très souvent en régime advection-dominante).

6.2.3. Quantité de fluo qui passe au cours du temps

L'outil affiche la quantité cumulée de fluorescéine qui aura traversé la résurgence à 24 h, 48 h, 72 h, et la quantité totale. Cette information est très utile pour les charbons actifs, qui intègrent l'exposition au colorant sur toute leur durée de pose.

Détails techniques (intégration C(t) × Q dt)

L'intégration trapézoïdale de C(t) × Q donne :

M(T) = ∫₀ᵀ C(t) × Q × dt   (en kg, avec C en mg/L, Q en L/s, t en s)

Q est le débit à la résurgence Q_r si celui-ci est > 0 ; sinon repli sur le débit à la perte Q_p (comme dans le code PHP).

L'outil affiche aussi un ratio = « quantité totale qui passera / dose injectée ». Ce ratio est utile comme indicateur d'auto-cohérence du jeu de paramètres, mais il n'a pas vocation à être égal à 1.

En effet, dans ce modèle simplifié, la dose recommandée est calculée par une formule de type « boîte » (C × Q × durée × facteur_roche × R_loss) qui intègre une marge volontaire pour couvrir les pertes physico-chimiques et l'étalement temporel du panache. La BTC simulée, elle, est générée séparément avec un pic ajusté à Cpic_injectee. L'intégrale de cette BTC n'est en général pas calée sur la masse injectée : le ratio sert surtout de garde-fou (voir seuils ci-dessous).

Sur un traçage réel, un hydrogéologue parle de coefficient de récupération (typiquement 0,3 à 1 dans un système karstique réel). Dans FLUOCALC, ce ratio est purement théorique et sert avant tout de garde-fou pour repérer les configurations incohérentes.


7. Pourquoi une log-normale (et pas un autre profil) ?

Le code actuel impose une log-normale sur le temps : c’est un bon compromis pour représenter des BTC karstiques avec montée relativement rapide et longue traîne, sans multiplier les choix à l’écran. Si votre traçage réel montre un pic quasi symétrique ou des doubles pics, la simulation ne pourra pas les reproduire : il faut alors s’appuyer sur les mesures et des outils de calage dédiés.


8. Limites du modèle et calibration

Responsabilité : l’outil fournit une estimation de travail. L’utilisateur reste responsable de la validation des doses, des autorisations, et de l’interprétation des résultats sur le terrain.

8.1. Lien avec l’équation d’advection–dispersion

Sur le plan théorique, la propagation d’un traceur dans un aquifère peut s’écrire, de façon simplifiée, par l’équation d’advection–dispersion 1D :
∂C/∂t + v ∂C/∂x = D ∂²C/∂x² − λ C + S(x, t)
où : Les solutions exactes de cette équation, pour un pulse de traceur dans un milieu homogène simple, conduisent naturellement à des profils de type gaussien. Dans des systèmes plus complexes (vitesses multiples, réservoirs en série, volumes morts, etc.), les réponses observées sont souvent bien approchées par des lois asymétriques (log-normale, gamma). Le simulateur FLUOCALC (V3) ne résout pas explicitement l’équation d’advection–dispersion dans l’espace. Il travaille directement sur l’axe des temps à la résurgence, en utilisant : L’outil doit donc être vu comme une approximation paramétrique des réponses de traçage, cohérente avec le cadre de l’advection–dispersion, mais sans résolution explicite des équations aux dérivées partielles.

9. Domaine d’utilisation recommandé du modèle

Le modèle est conçu comme un outil de pré-dimensionnement pour des traçages karstiques “classiques”. À titre indicatif, on peut considérer qu’il est particulièrement adapté aux situations suivantes : En dehors de ces domaines (distances très longues, systèmes fortement multi-résurgences, hydrodynamique fortement transitoire), le modèle peut encore fournir une indication d’ordre de grandeur, mais l’incertitude augmente fortement et un calage spécifique sur données réelles devient indispensable.

10. Utilisation pratique de l’interface

  1. Optionnel : renseigner un nom de simulation (reproduit dans le rapport, le récapitulatif PDF et le nom du fichier exporté).
  2. Saisir les altitudes, les débits (perte et résurgence en L/s), la distance (km) et le coefficient de sinuosité.
  3. Renseigner la durée de transit estimée (duree, en h) : Cette durée est utilisée comme pic théorique (mode) de la courbe log-normale.
  4. Choisir le type de réseau karstique (8 classes, section 2.2).
  5. Saisir la dose que vous prévoyez d’injecter (kg). Si le champ est laissé à 0, l’outil utilise la dose recommandée pour la simulation.
  6. Renseigner Rloss (borné entre 1,0 et 5,0, défaut 1,5), voir section 3.5.
  7. Choisir le mode de détection (capteurs, charbons, mixte) : la concentration cible est recadrée automatiquement (~20 / ~10 / ~5 µg/L en équivalent saisi en mg/L).
  8. Ajuster si besoin la concentration visée au pic (mg/L).
  9. Activer (ou non) la correction Qr/Qp sur la dose si les débits perte et résurgence diffèrent fortement.
  10. Lancer Calculer, puis utiliser éventuellement Export PDF : page 1 = rapport texte, page 2 = courbe et avertissement, page 3 = paramètres saisis.

Après calcul, le rapport regroupe notamment : dose brute / recommandée / injectée, Worthington-Smart, pic et plages de détection, fenêtre temporelle à 10 % du pic, indicateurs Pe et αL, bilan de masse cumulée — plus le graphique log-normal (courbe verte, profil normalisé orange). En répétant la simulation en modifiant les paramètres (distance, durée, débit, type de roche, dose injectée, mode de détection), vous pouvez explorer différents scénarios de traçage.


11. Ordres de grandeur pour la détection de la fluorescéine

Colorant utilisé : dans l’outil, sauf mention contraire, on suppose l’usage de l’Uranine® (fluorescéine) comme traceur principal. Il s’agit d’une poudre de couleur orange donnant une coloration vert fluorescent avec un fort impact visuel. C’est le colorant le plus utilisé en traçage karstique en raison de sa très grande sensibilité de détection (visible à l’œil autour de 10 ppb suivant le volume d’eau), de sa faible tendance à l’adsorption et de son prix relativement bas.
Cette section donne des repères pour relier la simulation à la réalité des mesures : Ce ne sont pas des normes juridiques, mais des ordres de grandeur issus de la pratique (tracages karstiques, guides de terrain, notices d’instruments).

11.1. Rappels : LOD, seuil de décision, bruit de fond

Dans les protocoles labo type OUL, ces critères (≥ 3 × LOD et ≥ 10 × le fond) sont explicitement utilisés pour considérer une détection de fluorescéine comme “positive”, que ce soit sur eau ou sur élutant de charbon.

11.2. Capteurs électroniques et fluorimètres (eau brute)

On distingue : Conséquence pour le simulateur :

11.3. Charbons actifs : principe et sensibilité

Les sachets de charbon actif (bugs) ne mesurent pas une concentration instantanée, mais intègrent la fluorescence sur la durée de pose. Principe :
  1. Le charbon (granulé ou poudre) est placé dans un sachet perméable et exposé à l’eau pendant plusieurs heures à plusieurs jours.
  2. La fluorescéine est adsorbée sur le charbon.
  3. En labo, on élue le colorant (alcool + base) et on mesure l’élutant au fluorimètre.
Sur l’élutant de charbon, des protocoles de laboratoire karst classiques donnent, pour la fluorescéine : La vraie force du charbon, c’est la pré-concentration : Points pratiques : Dans l’outil, la fenêtre indicative retenue pour le mode “charbons actifs” est de l’ordre de 0,1 à 5 µg/L pour le pic moyen simulé.

11.4. Comment utiliser ces repères dans le simulateur

On peut interpréter les résultats du simulateur en fonction du mode de détection envisagé :

En résumé, la concentration cible dans l’interface sert surtout à dimensionner la dose pour se placer dans une fenêtre de détection réaliste : quelques dizaines de µg/L pour les fluorimètres, et bien au-dessus des seuils ultra-sensibles permis par les charbons actifs. La même simulation peut donc être lue différemment selon que l’on s’appuie principalement sur des capteurs électroniques, sur des charbons, ou sur une combinaison des deux.


12. Références et ressources complémentaires

Les références ci-dessous peuvent servir de base pour approfondir la théorie des traçages et la pratique de la fluorescéine en hydrogéologie karstique :
L’outil FLUOCALC Simulation de Coloration (V3) est volontairement positionné comme un simulateur paramétrique : il s’appuie sur ces concepts, mais reste simple à utiliser pour le dimensionnement pratique et l’exploration de scénarios. Responsabilité : l’outil fournit une estimation de travail. L’utilisateur reste responsable de la validation des doses, des autorisations, et de l’interprétation des résultats sur le terrain et la responsabilité de l'ARIS ou du développeur de ce simulateur, ne peux être invoqué...

13. Glossaire des termes techniques

Petit lexique pour décoder les termes "savants" qui apparaissent dans cette documentation ou dans les rapports de traçage que vous pourriez consulter.

Advection
Transport du colorant par le mouvement principal de l'eau (l'écoulement « qui pousse »). À opposer à la dispersion.
BTC (Breakthrough Curve)
Terme anglais utilisé en hydrogéologie pour désigner la « courbe de restitution » : le graphique qui montre la concentration de colorant à la résurgence en fonction du temps.
Charbon actif (sachet, « bug »)
Sachet de charbon perméable posé dans l'eau à la résurgence. Le charbon adsorbe la fluorescéine pendant toute la durée de pose. Au labo, on extrait le colorant avec un solvant (« élution ») et on mesure la quantité au fluorimètre. Très sensible mais ne donne pas la courbe C(t) — juste un « oui/non, ça a passé ».
Coefficient de récupération (η)
Rapport « masse de colorant qui ressort à la résurgence / masse injectée ». Dans un système conservatif (pas de pertes), il vaut 1. Dans le karst réel, il est souvent compris entre 0,3 et 1 selon les pertes.
Coefficient de sinuosité
Facteur multiplicatif (≥ 1) qui transforme la distance à vol d'oiseau en longueur réelle du trajet souterrain. Les colorants suivent rarement une ligne droite : ils empruntent méandres, lacets et puits. Une valeur de 1,5 (défaut) est représentative d'un réseau karstique « moyen » ; 2,0 à 3,0 sont courants dans les labyrinthes ou les réseaux confirmés très méandriformes par la topographie.
Concentration cible
Concentration que l'on souhaite atteindre à la résurgence au moment du pic. Dimensionne toute la dose injectée. Selon le mode de détection, on vise typiquement 10–30 µg/L pour des fluorimètres, ou un peu moins pour des charbons.
Dispersion / dispersivité (αL)
Mécanisme qui « étale » le nuage de colorant pendant le transit (par mélange dans des fissures de tailles différentes, des vitesses variables, des réservoirs latéraux…). La dispersivité αL (en m) mesure cet étalement : plus elle est grande, plus la courbe est large.
Élution
Étape de laboratoire où l'on récupère la fluorescéine adsorbée sur les charbons en les plongeant dans un mélange alcool + soude. On mesure ensuite cet « élutant ».
Épikarst
Zone supérieure du karst, juste sous la surface du sol, fortement fissurée et fracturée mais à dominante diffuse plutôt que conduit.
Étalement temporel (σ)
Écart-type de la courbe de restitution, en heures. Mesure combien de temps dure le passage du nuage de colorant. Plus σ est grand, plus la « bouffée » est étalée dans le temps.
Fluorescéine (Uranine®)
Colorant le plus utilisé en traçage karstique. Poudre orange qui donne en solution une teinte verte fluorescente. Peu toxique, peu coûteux, très sensible à la détection.
Fluorimètre
Appareil qui mesure directement la concentration de fluorescéine dans l'eau, en éclairant l'échantillon dans le bleu et en mesurant la lumière verte réémise. Existe en version laboratoire (sensibilité au µg/L) ou de terrain (sonde immergée).
LOD (Limit of Detection, limite de détection)
Concentration minimale qu'un instrument peut distinguer du bruit de fond. Typiquement 0,01 µg/L pour un fluorimètre de labo.
Modèle ADE (Advection-Dispersion Equation)
Équation théorique qui décrit le transport d'un soluté dans un écoulement (advection + dispersion). Sert de cadre théorique général ; dans FLUOCALC, la BTC simulée est une log-normale sur le temps à la résurgence, sans résolution spatiale de l’ADE.
Métriques de distance (à vol d'oiseau vs trajet réel)
La distance à vol d'oiseau est la distance horizontale entre la perte et la résurgence, telle que mesurée sur une carte. Le trajet réel sous terre est presque toujours plus long (méandres, lacets, puits) ; on le modélise par trajet_réel = distance × sinuosité. Voir aussi Coefficient de sinuosité.
Nombre de Péclet (Pe)
Indicateur sans dimension qui compare l'advection à la dispersion : Pe = L / αL. Si Pe est grand (>10), l'écoulement est advectif (drain marqué) ; s'il est petit (<1), la dispersion domine (milieu diffus).
Quenching
Atténuation du signal de fluorescence à concentration élevée (typiquement > 50 µg/L pour la fluorescéine). À cause de ça, on évite de viser des concentrations trop fortes à la résurgence.
Résurgence / exutoire
Point de sortie d'un écoulement karstique. Une résurgence peut être unique ou multiple (plusieurs sorties pour une même perte).
Solution mère
Bidon de fluorescéine pré-dissoute (typiquement 50–250 g/L) préparé avant l'injection pour faciliter le versement et la dissolution dans l'eau de la perte.
Traçage / coloration
Opération consistant à injecter un colorant en un point d'un système karstique pour identifier l'exutoire et caractériser le transit (vitesse, distance, dispersion).
Worthington-Smart (règle de)
Formule empirique de pré-dimensionnement (Worthington & Smart, 2003) basée sur le retour d'expérience de centaines de traçages karstiques : M (g) ≈ 19 × Q (m³/s) × L (km) × R. Utilisée par FLUOCALC comme contrôle d'ordre de grandeur de la dose calculée.